La magie des mots
Nous connaissons le pouvoir évocateur des mots. Des mots naissent des images, des sensations, des émotions, des idées.
Les mots se combinent les uns aux autres pour former une phrase. L’agencement des syllabes détermine le rythme du phrasé. Un rythme désordonné peut rendre un texte désagréable à lire : le
choix des mots et leur place dans la phrase sont donc importants. Les mots chantent dans le texte, qu’ils soient tristes ou joyeux, lourds ou légers, tout dépend du contexte. Mais attention ! ils
peuvent chanter faux, et s’ils sont en plus accompagnés d’un rythme bancal, gare à la cacophonie !
Si le rythme est important, les mots ont-ils une propriété vibratoire qui pourrait influer sur la matière ? Certainement, comme n’importe quel son, les mots prononcés à voix hautes se
propagent en ondes, et ce sont ces ondes qui viennent frapper nos tympans et se transforment en signal électrique dans l’oreille interne. Le nerf auditif envoie ce signal au cerveau qui le
décodera.
Mais le rythme est important aussi lorsque nous lisons en silence dans notre tête. Nous voyons et « entendons » les mots comme si nous les prononçons véritablement mais sans utiliser ni
la bouche ni l’oreille. Le cerveau est capable de bien des prodiges.
Une question se pose : les mots dits et les mots vus ont-ils le même pouvoir créateur ?
En fait, il existe deux écoles :
Pour les Hébreux, c’est le Verbe qui est créateur, c’est-à-dire que les mots doivent être prononcés à voix haute pour être efficaces. C’est le fameux « Que la lumière soit ! et la lumière
fut » de la Genèse. Pour les Egyptiens au contraire, c’est la Vue qui prévaut. Les yeux d’Horus ont créés toutes choses nécessaires aux hommes et aux dieux. Lorsque ses yeux ont vu
l’univers, celui-ci a existé.
Dans l’antiquité, l’écriture – le « signe » – a toujours deux sens, l’un profane, pour tenir une comptabilité par exemple, l’autre sacré. L’écriture sacrée, évidement élitiste, n’est
connue que des Grands Prêtres et de certains scribes. Le peuple par son analphabétisme confère au signe un caractère plus magique encore et tabou. L’interdit fascine, l’incompréhensible provoque
le fantasme et la peur. Ainsi naissent les superstitions. Mais si le signe est sacré, c’est d’abord parce qu’il concrétise une pensée synthétisée. Il suffit de voir le signe, le hiéroglyphe, pour
que l’idée ou la pensée se matérialise soit dans le monde des vivants, soit dans l’au-delà. Dans les tombeaux égyptiens, les mots sont écrits non pas pour être lu à haute voix, mais pour être vus
des divinités psychopompes. La sérénité du passage du défunt et sa survie dans l’au-delà en dépendent. Une fois déchu, on a martelé le nom du pharaon hérétique Akhenaton des temples et des
obélisques. Sans son nom écrit dans le cartouche royal, il n’existe plus, pas même dans le royaume des morts. Ironie du sort, l’hérésie des uns fait l’orthodoxie des autres puisque Akhenaton fut
le concepteur du monothéisme repris par les Hébreux.
Pourquoi un blog ?
J’éprouve le besoin d’écrire, de m’exprimer par l’écriture, de mettre des mots sur mes maux pour panser mes plaies de l’âme, mais aussi le besoin de créer, d’imaginer, de produire des histoires,
des nouvelles, des articles et de les publier car mes vieilles blessures génèrent de l’énergie créatrice. De la matière brute, je sculpte, je taille, je modèle, je cisèle. Mais pour parvenir à la
réalisation du Grand Œuvre, un travail d’introspection est nécessaire. Il consiste à rechercher et nommer mes douleurs passées et présentes, mes angoisses pour leur donner un nom, leur attribuer
des mots spécifiques. L’angoisse est floue, nous ne percevons pas sa structure, elle est là mais sans consistance réelle, pourtant elle nous étouffe ou nous paralyse. Avant qu’elle nous envahisse
totalement, il nous faut la définir, la sentir, la ressentir pour pouvoir lui attribuer des mots, et c’est à ce moment qu’elle devient peur. Avec l’angoisse, nous avons peur de quelque chose mais
nous ne savons pas de quoi, et donc nous ne savons pas contre quoi nous devons lutter. Quand l’angoisse s’est transformée en peur, nous savons ce qui nous terrifie, nous pouvons donc combattre
cette chose et la dominer. On peut comparer la peur à un dragon tapi au fond d’une grotte, un dragon gardien d’un trésor. Les mots vont nous servir à cerner ce dragon, à le définir et à le
terrasser.
Plus qu’un exutoire, le blog est le support d’un enfantement quotidien (pour ceux qui écrivent tous les jours). Publier dans un blog, rendre publics nos écrits, n’est pas anodin. Nous avons tous,
nous blogueurs, ce besoin de partager ce que nous sommes par le biais de nos textes, de nos photos ou vidéos. Ce que nous sommes, c’est nous tout entier avec nos peines, nos passés heureux ou
malheureux, nos bonheurs présents, nos projets, nos désirs assumés ou refoulés, nos angoisses, nos blessures, sans oublier nos joies. En écrivant nous avons définis et isolés nos maux comme des
entités individuelles. Ils ont jaillit de notre âme et de notre chair. L’accouchement fut parfois douloureux. Mais désormais, nos mots ne sont plus des maux ; ce sont nos enfants et le
cordon ombilical n’est pas encore tranché. En publiant nos écrits, nous passons à l’étape suivante, l’ultime étape, celle qui nous guérira définitivement de notre possessivité. Une fois exprimés
et recomposés hors de chez nous, rendus visibles aux yeux de tous, les mots ont leur vie propre, ils ne nous appartiennent plus. Ils sont libres et volent de leurs propres ailes. Laissons-les
vivre.
Et vous qui me lisez en ce moment, vous portez tous une petite particule de ce qui a été mon fardeau, et plus vous êtes nombreux, plus cette particule est petite, si petite qu’elle n’est plus un
fardeau ni pour vous ni pour moi.
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